PATRICE LANDRY
Interrogatoire
Me Jacques Audette
«…
R. Et je lui ai parlé ce soir –là : « Va te faire soigner, Jean-Pierre, ça presse parce que là, t’as un sérieux problème. »
Q. O.K. »
R. «J’ai une solution pour ça – il dit – qu’est-ce que tu penserais si dimanche matin, on ferait des thérapies de groupe? » J’ai dit : « Pardon? » « Oui- il dit – le dimanche matin, c’est tranquille, on va faire venir des intervenants, on va faire des thérapies de groupe pour régler notre problème. » « Jean-Pierre, moi, je n’ai pas de problèmes selon moi; les gars non plus. C’est toi qui as un problème. Puis je te le dis, je ne règlerai pas ton problème, moi. Il y a des personnes qui sont compétentes, qui sont qualifiées pour ça. Mais moi je ne suis pas qualifié, je suis policier. Je suis rendu trop vieux pour commencer à vouloir te traverser », en voulant dire « traverser », essayer d’être plus fort que lui, là. Si j’avais été jeune, pas de famille, pas d’enfants, j’aurais peut-être dit : « Mon pourri, je vais avoir, tu ne m’auras pas. » Mais là, moi, je veux être tranquille, je veux faire ma « job » le mieux que je peux; de là à me battre avec lui à tous les soirs puis à commencer à faire des « obstinages », tout ça, ça ne me tente pas. Moi, je ne suis pas payé pour ça, je suis payé pour régler des problèmes puis être là pour les citoyens.
Q. O.K.
R. Pas pour faire des briefings de deux trois heures à tous les soirs puis essayer de régler son problème puis ses sautes d’humeur, ça ne m’intéresse plus, ça. Je mérite mieux que ça.
Q. O.K.
R. Ça fait que je lui ai annoncé que le lendemain matin, j’allais voir monsieur Paterson pour changer d’équipe.
Q. Vous ou monsieur Légaré?
R. Moi.
Q. O.K », vous, partir de l’équipe de monsieur Légaré?
R. Partir de monsieur Légaré pour aller voir… Ça fait que ça ne faisait pas trop, trop son affaire parce que : « Où c’est qu’il vont me mettre? » « Ça, ce n’est pas mon problème, c’est le directeur qui va décider, moi, je veux changer. Je ne veux pas que tu aies des problèmes Jean-Pierre, je veux changer d’équipe. » Ça fait que le briefing a duré encore un bon, jusqu’à dix heures (10h), dix heures et demie (10 h 30) à peu près.
[…]
R. Sur les lieux, montée Dumais et 640.
Q. O.K.
R. Là, il commence à nous parler, il dit : « Là, tu n’iras pas voir le directeur demain, là. » Là, il n’a plus son petit air comme il avait à huit heures (8 h), parce qu’il pleurait à huit heures ( 8 h), là, comme un vrai bébé. Là, il commençait à avoir son petit air menaçant.
Q. Menaçant, vous dites?
R. Oui, oui, oui, là, il commençait avec ses yeux, là, je m’en souviendrai le restant de mes jours. Ça fait qu’il dit : « Tu n’iras pas voir le directeur demain? » « Officiel, c’est officiel je m’en vais le voir. » Ça fait que j’ai dit, non c’est lui qui dit : « Ça, là tu devrais pas. » J’ai dit : « Pourquoi je ne devrais pas? » « Bien - il dit – Un, que le directeur te change d’équipe, je ne penserais pas. Deux, que j’aie une suspension, que je sois suspendu, ça me surprendrait bien, je suis bien pluggé avec le maire. » Il dit : « Trois, tu peux rester sur la même équipe; si tu reste sur la même équipe, vous n’avez pas fini les boys! » Là, il s’avance puis il tape sur l’épaule à monsieur Fournier, il dit : « Vous savez, si vous restez avec moi, là je vais vous en faire baver. »
Q . « Je vais vous en faire »?
R. Baver.
Q. O.K.
R. Il dit : « Moi, à votre place, je ne ferais pas ça. » Toujours avec son air menaçant, là. Là, j’ai dit à Jean-Pierre : « Ça ne donne rien, Jean-Pierre, moi, j’y vais. » Là il a commencé à hausser le ton un peu : « Ça se passera pas de même…», encore hors de lui. Moi, quand il est de même, là, moi, je n’aime pas ça.
Q. Comment ça, vous n’aimez pas ça?
R. Il est hors de lui. A tel point que bien des événements avant, c’est qu’il ne se souvient même plus, des fois, qu’est-ce qu’il dit ou qu’est-ce qu’il fait. C’est déjà arrivé. Là, j’ai un gars en arrière qui est armé, je vous jure sur la tête de mon gars, j’ai eu peur qu’il prenne son arme puis qu’il nous tire. A tel point que j’ai arrêté sur le bord de la route. J’ai même « déclipsé » mon « gun » puis là je l’ai regardé. Puis là, jase.
Q. Vous parlez bien de votre sergent?
R. Monsieur Légaré.
Q. O.K.
R. Là, à un moment donné, monsieur Fournier a voulu répliquer, là, j’ai regardé Robert en voulant dire : « Ferme-la, là, ça presse. »
Q. Robert parlait?
R. Là, à un moment donné, Bob, il est plus « prime » que moi un peu, il est plus sanguin. S’il se fait répondre, il va répondre. Là, j’ai regardé Robert, j’ai dit : « Là… », en voulant dire : « Ferme-là. » Puis comme de fait, une chance qu’il a arrêté. Là monsieur Légaré était encore hors de lui : « Vous n’avez pas fini avec moi puis si vous restez sur la même équipe, vous allez voir, puis il peut tout arriver puis… », toujours des sous-entendus, là.
Moi, je le regardais, la main sur le « gun ». Je me dis : « S’il me tire, il faut faire quelque chose, ça n’a pas d’allure. » Quand il a fini un peu de parler, j’ai parti puis j’ai été à son « char » puis j’ai dit : « Là tu débarques, Jean-Pierre. » Il dit : « Non , je suis ton sergent, c’est moi qui décide puis je reste dans le char. » J’ai dit « Jean-Pierre, veux-tu sortir s’il te plait? » Il n’a jamais voulu. Il dit je reste ici puis c’est moi qui est le sergent. » Ça fait que j’ai mis ça sur le « park » puis je me suis mis de même, j’ai dit : « Jase. »
Q. « Mis de même », vous montrez avec votre main sur l’arme?
R. Oui, mais lui, il ne le voit pas, là.
Q. Non, mais vous, vous…
R. Ah, honnêtement, je me mettais prêt. Je ne le « trust » pas, du moins, je ne le « trustais » plus à ce moment là. Il a continué à parler une grosse demi-heure, à s’emporter puis à…
Q. A dire quoi pendant une demi-heure, c’est long?
R. Oui.
Q. A dire quoi?
R » Ça a été long, je vous le dis que ça été long.
Q. Mais là, il parlait de quoi?
R. En voulant dire de ne pas changer d’équipe, sinon il allait nous en faire baver puis on avait pas fini avec lui, il était prêt à tout, là. Lui, perdre sa « job », c’est tout perdre. Ça a duré une demi-heure, ça, ça été long. Quand il a eu fini, là, parce que nous autres, on ne parlait plus, à un moment donné, c’était assez-là, il est sorti puis est sorti à l’extérieur.
C’est là, à ce moment là, j’ai dit à Robert : « Comment tu t’es senti? » Il dit : « Tabarnouche, je pensais bien qu’il allait nous tirer. » « Bien, t’as pensé exactement comme moi. » C’est rendu là; là, ça presse. Ça fait que le matin même, j’ai été voir monsieur Paterson; là j’ai dit : « Là c’est fini. » Bien il dit : « Si tu veux changer d’équipe, il faut que tu fasses un rapport. » Puis moi ça faisait quatorze ans que j’étais policier, en quatorze ans, je n’ai jamais écrit contre personne puis je ne voulais pas écrire contre personne. Moi je fais ma « job », point. Mais là pour changer d’équipe, je n’avais pas le choix; j’ai dit : « Je vais le faire, votre rapport, mais changez-moi d’équipe parce que là, ça presse. » Il dit : « Si tu me fais un rapport, tu vas changer d’équipe. » Suite à ça, j’ai fais le rapport qui est ici présent.
Q. Là, vous partiez en neuf jours, c’est ça que j’ai compris?
R. Oui, on partait en neuf jours, le matin.
Q. Bon, ça nous ramène au, si on est le dix-neuf (19), ça nous ramène au vingt-huit (28).
R. Puis après ça. on l’a plus eu, on a changé d’équipe.[1] Puis ça allait bien après.
…» p.3873 à 3880
[1] Il n'a changé d’équipe qu'en début de 1996 soit trois ans après que son sergent ait été suspendu puis privé de son grade. D'ailleurs selon ce qu'il faudrait retenir de ce témoignage est que selon le fonctionnement dans ce poste lorsque l'on prétend que son sergent est dangereux pour ses hommes ou a besoin de soins psychologiques, on ne fait que changer les subalternes d'équipe « puis ça allait bien après...».